Peindre sous la pluie: souvenir d'enfance et geste libre

Peindre sous la pluie: souvenir d'enfance et geste libre

Il y a des souvenirs qui restent dans le corps.

Petite, en Tunisie, quand il pleuvait, on ne se cachait pas.
On sortait.

On allait jouer dans l’eau, courir, rire, sentir la pluie sur la peau.
C’était un moment à part.
Un moment de liberté.
La pluie n’était pas un obstacle.
C’était une invitation.

Les adultes restaient à l’abri, laissant portes et fenêtres ouvertes pour observer la pluie tomber, cette beauté, ce cadeau du ciel.

Avec le temps, ces instants sont restés en moi.
Et aujourd’hui encore, j’observe la pluie de cette façon.

J’ai dansé sous la pluie, j’ai couru, j'ai pleuré, je me suis baignée…

Et puis un jour, j’ai commencé à peindre sous la pluie.

Au début, ce n’était pas un projet.
Juste une envie, un élan.

Sortir la toile dehors, laisser la pluie tomber dessus, regarder ce qu’elle fait à la matière.

L’acrylique se dilue, se déplace, fusionne.
Les formes apparaissent sans être totalement contrôlées.

Je ne cherche pas à maîtriser.
Je guide, j’accompagne, j’observe.

Peindre sous la pluie demande aussi une forme d’attention.

Rien n’est figé.

L’intensité de la pluie change, parfois douce, parfois plus dense.
Il faut l’observer, s’y adapter.

Je déplace la toile, je l’incline légèrement, parfois davantage, pour accompagner le mouvement de l’eau.

Les gouttes ne tombent jamais de la même façon.
Elles tracent, emportent, révèlent.

Et parfois, la neige s’invite.
Comme lors de ma première toile.

Elle se pose autrement, plus silencieuse, presque délicate.
Elle ralentit le geste, transforme encore la matière.

Je ne contrôle pas, mais je reste présente.
Attentive à ce qui se joue.

C’est un équilibre entre lâcher-prise et intention.

Il y a quelque chose de très vivant dans ce processus, dans ce dialogue.

Peindre sous la pluie, c’est accepter de perdre un peu le contrôle.

C’est faire confiance au geste, à la matière, et à ce qui se passe.

La pluie ne détruit pas.
Elle transforme.

Elle apporte des accidents, des traces, des transparences que je ne pourrais pas créer seule.

Et c’est justement là que quelque chose se passe.

Quand la toile sèche, je reviens vers elle.
Je regarde.

Et à un moment, elle me parle.
Elle me dit qu’elle est terminée.

Alors je m’arrête.

Parfois, j’ajoute juste une touche, un détail, un léger éclat avec du vernis brillant.
Mais jamais trop.

Parce que ce qui s’est passé sous la pluie ne doit pas être effacé.

Peindre sous la pluie, ce n’est pas seulement une technique.
C’est retrouver une sensation.
Une mémoire.
Une forme de liberté.

Je tiens à signer ma toile directement sous la pluie.

La signature se trouble parfois, devient presque invisible... mais elle est bien là. 

Comme une empreinte laissée par ce moment partagé avec la pluie. 

 

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